Pourquoi l’IA devient un levier d’attractivité des carrières publiques

Découvrez, dans cet article, pourquoi l’IA générative peut devenir un véritable levier d’attractivité des carrières publiques, en permattant d’optimiser, automatiser et rendre plus efficaces, bon nombre de pratiques et de processus

Ce que révèlent les premiers usages RH dans les grands ministères

Dans un article récent du Monde consacré aux cadres du public qui choisissent de rejoindre le secteur privé, plusieurs facteurs ressortent de manière récurrente : sentiment de lourdeur administrative, manque de reconnaissance, difficulté à se projeter dans des parcours professionnels lisibles, et parfois frustration face à des environnements perçus comme peu innovants.

Si ces départs restent minoritaires, ils constituent un signal faible mais structurant pour les directions des ressources humaines des grands ministères. La question n’est plus seulement celle de la rémunération ou du statut, mais bien celle de l’expérience professionnelle proposée par l’employeur public.

C’est dans ce contexte que l’intelligence artificielle générative commence à s’imposer comme un outil crédible pour moderniser les pratiques RH, renforcer l’attractivité des carrières publiques et répondre à certaines attentes exprimées par les cadres et les agents.

Rendre les carrières publiques plus lisibles grâce à l’IA conversationnelle

Le cas du ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse

Le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse (MENJ) est confronté à une réalité RH unique par son ampleur : plusieurs centaines de milliers d’enseignants, répartis sur l’ensemble du territoire, qui sollicitent régulièrement la direction générale des ressources humaines (DGRH) sur des sujets complexes mais récurrents.

Mobilité, mutations, changement de mutuelle, évolution de carrière, droits statutaires, démarches administratives : ces questions sont légitimes, mais leur traitement mobilise fortement les équipes RH, souvent au détriment de situations plus complexes nécessitant un accompagnement individualisé.

Pour répondre à cet enjeu, le MENJ a engagé une expérimentation avec la solution SafeBrain, labelisée par la DINUM et la DAE comme “solution d’IA de référence” pour les administrations, visant à déployer des chatbots RH conversationnels capables de répondre, en langage naturel, aux questions les plus fréquemment posées par les enseignants. Ces chatbots ne sont pas directement exposés aux enseignants mais servent les équipes RH qui doivent leur répondre.

Ces assistants s’appuient exclusivement sur des sources validées par la DGRH — textes réglementaires, circulaires, procédures internes, FAQ officielles — et ont été conçus comme des outils explicatifs, non décisionnels. Leur rôle est de clarifier les règles, d’expliquer les options possibles et d’orienter les agents vers les bonnes démarches ou les bons interlocuteurs.

Les bénéfices sont multiples :

  • pour les équipes RH, une réduction significative des sollicitations répétitives ;
  • pour l’institution, une amélioration tangible de l’expérience agent, qui contribue à moderniser l’image de l’employeur public.

Dans un contexte où l’opacité des règles et la complexité administrative sont souvent citées comme facteurs de démotivation, ce type d’usage de l’IA générative joue un rôle clé pour rendre les carrières publiques plus lisibles et plus attractives.

L’IA générative comme levier d’attractivité interne

Le choix stratégique du CISIRH

L’attractivité RH ne se joue pas uniquement vis-à-vis des candidats externes. Elle se construit aussi au quotidien, à travers l’environnement de travail proposé aux agents. Le CISIRH (Centre interministériel de services informatiques relatifs aux ressources humaines) en est une illustration particulièrement parlante.

Rattaché au Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme de l’Etat, le CISIRH conçoit et opère les grands systèmes d’information RH de l’État. Il recrute principalement des profils techniques — développeurs, architectes SI, experts des outils informatiques RH — qui sont parmi les plus recherchés sur le marché et donc parfois difficiles à attirer dans le secteur public.

Pour répondre à cet enjeu, le CISIRH a fait le choix d’équiper l’ensemble de ses agents d’outils d’IA générative, dans un cadre sécurisé et maîtrisé. Cette décision poursuit deux objectifs complémentaires :

  • permettre aux agents d’expérimenter concrètement l’IA dans leur quotidien (aide à la rédaction, compréhension de documentation complexe, assistance au développement, capitalisation des connaissances) ;
  • améliorer la productivité et le confort de travail, en réduisant le temps consacré à des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée.

Ce positionnement contribue à faire du CISIRH un acteur public à la pointe de l’innovation, capable d’offrir un environnement de travail moderne, stimulant et comparable à celui d’organisations technologiques du secteur privé. Pour des profils techniques sensibles à l’innovation, à l’apprentissage continu et à l’impact à grande échelle, l’IA générative devient ici un argument d’attractivité RH à part entière.

Ce que ces usages disent des attentes des agents et des cadres public

Les expérimentations menées au MENJ avec SafeBrain et au CISIRH montrent que l’IA générative peut répondre à plusieurs facteurs souvent cités par les cadres qui envisagent de quitter le secteur public :

  • la complexité administrative, en rendant les règles plus accessibles ;
  • le manque de lisibilité des parcours, en améliorant l’information carrière ;
  • le sentiment de décalage technologique, en proposant des outils modernes et concrets ;
  • la recherche de reconnaissance et d’autonomie, en libérant du temps pour des missions à plus forte valeur ajoutée.

Dans ces contextes, l’IA n’est pas un outil de contrôle ou d’automatisation froide. Elle agit comme un facilitateur, un médiateur entre la complexité statutaire et les besoins concrets des agents.

Conclusion : une attractivité publique qui passe aussi par l’expérience de travail

Les départs de cadres vers le privé ne constituent pas une hémorragie, mais ils mettent en lumière des attentes nouvelles auxquelles les DRH ministérielles doivent répondre. L’IA générative, lorsqu’elle est déployée de manière explicable, encadrée et orientée service, peut contribuer à réduire les irritants du quotidien, à moderniser l’image de l’administration et à renforcer l’attractivité des carrières publiques.

Loin de remettre en cause les valeurs du service public, ces usages montrent au contraire que l’innovation technologique peut devenir un levier au service de l’engagement, de la fidélisation et de l’attractivité RH dans les grands ministères.

Passionné par le numérique et grand amateur d'écriture qui apprécie tout particulièrement transmettre ses connaissances à d'autres personnes.