Réussir le déploiement de l’IA générative dans une DRH publique
L’IA générative n’est plus un sujet prospectif pour les directions des ressources humaines de l’État. La DGAFP l’a clairement posé ces derniers mois : l’IA peut devenir un levier de modernisation des fonctions RH, à condition d’être déployée dans un cadre maîtrisé, conforme et centré sur les usages réels.
Mais entre l’intention stratégique et l’impact opérationnel, l’écart reste important. Les administrations qui réussissent ne sont pas celles qui « testent l’IA », mais celles qui l’intègrent intelligemment dans leurs processus, leurs outils et leurs pratiques professionnelles.
Deux expériences récentes – au Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse (MENJ) et au CISIRH – illustrent deux approches complémentaires et éclairantes.
1. Le cadre posé par la DGAFP : une IA au service de l’agent, pas de la décision automatique
Les publications et prises de position de la DGAFP convergent sur plusieurs principes structurants :
- L’IA n’a pas vocation à décider, mais à assister, expliciter, sécuriser
- Les usages RH sont parmi les plus acceptables socialement, car centrés sur l’information, la pédagogie réglementaire et la simplification
- La priorité doit être donnée à :
- la conformité juridique
- la traçabilité des réponses
- la souveraineté des solutions
- l’acculturation des agents
Autrement dit : l’IA générative est pertinente en RH là où la complexité réglementaire est forte, la charge administrative élevée et la valeur humaine irremplaçable.
2. Cas n°1 – MENJ : intégrer l’IA au cœur du travail quotidien des gestionnaires RH
Le problème initial
La direction générale des ressources humaines du MENJ fait face à un volume massif et récurrent de sollicitations de la part des enseignants :
- mobilité et mutations
- évolution de carrière
- concours, statuts, affectations
- règles spécifiques selon les corps et disciplines
Ces questions, souvent légitimes, mobilisent fortement les équipes RH, avec un risque permanent d’hétérogénéité des réponses.
La réponse mise en place
Le MENJ a fait le choix de déployer un chatbot RH fondé sur l’IA générative, s’appuyant sur la solution SafeBrain, labelisée par la DINUM et la DAE comme “solution d’IA de référence” pour les administrations. Le chatbot présente plusieurs caractéristiques clés :
- Déploiement directement dans les outils métiers utilisés quotidiennement par les équipes de la DGRH
- Paramétrage fin des cas d’usage pour répondre aux questions des enseignants
- Réponses strictement fondées sur les textes réglementaires et ressources officielles
- Objectif clair : aider les agents RH à mieux répondre, plus vite et de façon homogène
Le facteur clé de succès
L’IA n’est pas un outil « à côté », mais un compagnon intégré au poste de travail.
Elle sert la mission principale des agents, sans modifier leur environnement ni leurs responsabilités.
➡️ Résultat : gain de temps, sécurisation des réponses, amélioration du service rendu… sans rupture organisationnelle.
3. Cas n°2 – CISIRH : faire de l’IA un levier d’attractivité et de montée en compétences
Un contexte différent
Le CISIRH, rattaché au Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme de l’Etat, regroupe des profils très spécifiques :
- développeurs
- chefs de projet SIRH
- experts techniques des systèmes RH de l’État
Des talents difficiles à recruter et à fidéliser, dans un contexte de concurrence forte avec le privé.
Le choix stratégique
Le CISIRH a pris une décision structurante :
👉 équiper l’ensemble de ses agents d’une solution d’IA générative, non pas pour un cas d’usage unique, mais pour favoriser l’expérimentation encadrée.
Le déploiement repose sur trois piliers :
- Solution souveraine, hébergée en environnement SecNumCloud
- Cadre d’usage clair et sécurisé
- Formations dédiées pour accompagner les agents dans les bons usages
L’enjeu RH sous-jacent
Au-delà de la productivité, l’IA devient ici :
- un outil d’apprentissage
- un marqueur d’innovation
- un facteur d’attractivité employeur
➡️ Le CISIRH se positionne comme une administration techniquement avancée, capable d’offrir à ses équipes des outils comparables à ceux du secteur privé, sans renoncer à ses exigences de sécurité et de conformité.
4. Ce que ces deux cas enseignent aux DRH publiques
Ces expériences montrent qu’il n’existe pas un seul modèle de déploiement de l’IA générative en RH, mais des principes communs de réussite :
- Partir des irritants RH réels, pas de la technologie
- Choisir des usages où l’IA explique, sécurise, homogénéise, sans décider
- Intégrer l’IA dans les outils existants, au plus près du travail réel
- Encadrer fortement : données, souveraineté, traçabilité
- Accompagner les agents par la formation et l’acculturation
Conclusion
L’IA générative peut devenir un accélérateur puissant de modernisation RH dans la fonction publique, à condition de respecter une règle simple :
👉 elle doit servir les agents.Les exemples du MENJ et du CISIRH montrent que, bien pensée, l’IA n’est ni un risque ni un gadget, mais un outil structurant au service de la performance publique et de l’attractivité des administrations.