Optimiser la mobilité et les parcours dans la fonction publique avec l’IA

La mobilité et l’évolution professionnelle sont au cœur des attentes des agents publics. Pourtant, dans les grands ministères, ces sujets restent souvent perçus comme complexes, lents et difficiles à appréhender, tant pour les agents que pour les services RH.

Règles statutaires nombreuses, textes réglementaires dispersés, procédures hétérogènes selon les corps et les ministères : le cadre protecteur de la fonction publique est aussi l’une de ses principales sources de complexité.

Face à ce constat, l’intelligence artificielle générative commence à émerger comme un outil de clarification et d’accompagnement, capable de moderniser l’expérience RH sans remettre en cause les fondements statutaires du service public.

Mobilité et parcours : un enjeu RH structurel dans la fonction publique

Dans la fonction publique d’État, la mobilité repose sur un équilibre délicat :

  • respect des statuts, des corps et des grades,
  • égalité de traitement entre agents,
  • transparence des procédures,
  • continuité du service public.

Dans la pratique, cela se traduit par plusieurs difficultés bien identifiées par les directions RH :

  • une mobilité perçue comme peu lisible par les agents ;
  • des règles statutaires complexes, parfois difficiles à interpréter même pour les gestionnaires RH ;
  • une sous-exploitation des compétences internes, faute d’outils permettant d’identifier rapidement les options compatibles avec un profil donné.

Ces irritants ne relèvent pas d’un manque de règles, mais au contraire d’un excès de complexité informationnelle.

Le cadre posé par la DGAFP : l’IA comme outil d’appui à la GRH publique

Consciente de ces enjeux, la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) a formalisé une stratégie d’usage de l’intelligence artificielle en gestion des ressources humaines dans la fonction publique d’État.

Ce cadre stratégique, validé par le Conseil d’orientation des politiques de ressources humaines (CORH), pose plusieurs principes clés :

  • l’IA doit être un outil d’aide, non de décision ;
  • elle doit s’appuyer exclusivement sur des données et référentiels fiables et maîtrisés ;
  • elle doit contribuer à améliorer la lisibilité, l’équité et l’efficacité des processus RH.

Parmi les champs explicitement identifiés figurent :

  • la gestion des compétences,
  • la structuration des métiers,
  • l’accompagnement des parcours professionnels et de la mobilité.

Autrement dit, le sujet n’est plus « faut-il utiliser l’IA ? », mais comment l’utiliser de manière responsable et utile dans un cadre statutaire exigeant.

L’IA conversationnelle pour expliquer les règles, pas pour décider : le cas du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse

C’est précisément cette logique qu’a adoptée le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse (MENJ) en expérimentant des chatbots RH spécialisés, destinés à répondre aux questions récurrentes des enseignants, enseignants-chercheurs et personnels administratifs.

Ces assistants conversationnels, qui sont mis à disposition des équipes RH, s’appuient sur la solution SafeBrain, labellisée par la DINUM et la DAE comme solution d’IA de référence pour les administrations ont été conçus pour :

  • répondre exclusivement à partir de textes réglementaires et de ressources officielles
  • fournir des réponses explicatives, sourcées et contextualisées
  • soulager les équipes RH en automatisant les réponses, tout en améliorant la qualité

Des cas d’usage très concrets

Parmi les thématiques couvertes par ces chatbots figurent notamment :

1. Les parcours et recrutements des enseignants-chercheurs

Un assistant dédié accompagne les agents du département des enseignants-chercheurs pour répondre aux questions relatives :

  • à la qualification et au recrutement comme maître de conférences (MCF) ou professeur des universités (PR)
  • aux procédures spécifiques des corps du Muséum national d’Histoire naturelle
  • aux démarches à effectuer exclusivement via la plateforme Odyssée

L’IA permet ici d’expliquer des règles complexes à des candidats souvent très qualifiés, mais confrontés à une réglementation dense et évolutive.

2. Les mutations des professeurs

Un assistant spécifique aide les gestionnaires RH à répondre aux questions des professeurs concernant leur mutation : conditions d’éligibilité, règles applicables selon le corps et l’ancienneté, étapes de la procédure. L’IA ne tranche pas, mais explique les règles applicables à une situation donnée, ce qui facilite le dialogue entre l’agent et l’administration.

Vers des assistants de mobilité et de parcours

Ces usages ouvrent la voie à des cas d’usage plus avancés, aujourd’hui encore largement prospectifs mais parfaitement cohérents avec le cadre DGAFP.

1. L’assistant de mobilité en langage naturel

Un agent ou un gestionnaire RH pourrait poser des questions telles que :

  • « Puis-je candidater à ce poste avec mon grade actuel ? »
  • « Quelles sont mes options de mobilité dans un autre ministère ? »

L’IA :

  • interprète le corps, le grade et la situation statutaire ;
  • explicite les règles applicables ;
  • propose des options réglementairement compatibles.

➡️ Clé fondamentale : l’IA explique, elle ne décide pas.

2. La génération de parcours professionnels possibles

À partir d’un profil agent (compétences, ancienneté, contraintes statutaires), l’IA pourrait générer :

  • plusieurs scénarios de trajectoires professionnelles possibles ;
  • des parcours non prescriptifs, mais réglementairement conformes.

Exemple :

« Voici trois trajectoires professionnelles compatibles avec votre situation actuelle. »

➡️ Une valeur forte à la fois pour les agents, qui gagnent en visibilité, et pour les RH, qui disposent d’un outil d’aide à l’accompagnement.

Conclusion : rendre le cadre statutaire plus accessible, sans le fragiliser

Les expérimentations menées au MENJ et le cadre posé par la DGAFP montrent une même conviction : la modernisation des parcours RH dans la fonction publique passe moins par la simplification des règles que par une meilleure capacité à les expliquer et à les rendre accessibles.

L’IA générative, utilisée comme outil d’interprétation, de pédagogie et de structuration de l’information, peut devenir un levier puissant pour fluidifier la mobilité, renforcer la transparence et améliorer l’expérience agent — tout en respectant pleinement les principes du service public.

Ce n’est pas une rupture avec le modèle statutaire, mais une évolution pragmatique de ses outils.

SafeBrain équipe de nombreuses administrations souhaitant utiliser de manière responsable une IA souveraine.

Passionné par le numérique et grand amateur d'écriture qui apprécie tout particulièrement transmettre ses connaissances à d'autres personnes.